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Digital Omnibus et article 4 : ce qui change vraiment (et ce qui ne change pas)

5 min de lecture

Depuis quelques semaines, une information circule dans les newsletters juridiques et sur LinkedIn : le Digital Omnibus « assouplit » l'obligation de formation à l'IA. Certains en concluent qu'ils peuvent souffler. Ce serait une erreur de lecture — et une erreur potentiellement coûteuse, à moins de dix jours de l'ouverture des contrôles.

Voici ce que le Digital Omnibus change réellement, ce qu'il ne change pas, et ce que ça implique concrètement pour votre TPE.

Rappel : l'article 4, c'est quoi ?

L'article 4 de l'AI Act est l'obligation qui concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, dès lors qu'elles utilisent des outils d'intelligence artificielle. Il impose de s'assurer que les personnes qui utilisent ces outils disposent d'un niveau de maîtrise suffisant — ce que les textes appellent l'AI literacy.

Cette obligation est en vigueur depuis février 2025. Elle n'a jamais été reportée. Ni par le Digital Omnibus, ni par aucun autre texte.

Ce qui change au 2 août 2026, c'est que les autorités nationales de surveillance du marché (en France, probablement le ministère chargé du numérique en coordination avec la CNIL) commencent officiellement à superviser son application. L'obligation existait déjà ; le contrôle commence maintenant.

Ce que le Digital Omnibus propose vraiment

Le Digital Omnibus est un règlement européen en cours d'adoption (accord en mai 2026, transposition en cours) qui touche plusieurs règlements numériques, dont l'AI Act. Sur l'article 4, il propose un changement de formulation :

  • Avant : les employeurs doivent « garantir » que leurs collaborateurs ont un niveau de maîtrise de l'IA proportionné à leur rôle.
  • Avec le Digital Omnibus : les employeurs doivent « soutenir » le développement de cette maîtrise.

La nuance est réelle. « Garantir » est un engagement de résultat. « Soutenir » est un engagement de moyens — plus souple dans sa formulation, moins absolu dans son exigence.

Ce que cette nuance ne change pas

Voici l'erreur de lecture à ne pas commettre : passer de « garantir » à « soutenir » n'est pas une exemption. Ce n'est pas une suppression de l'obligation. Ce n'est pas non plus un report.

Plusieurs points restent inchangés :

L'obligation demeure. Que vous deviez « garantir » ou « soutenir », vous avez quand même l'obligation de mettre en place une démarche de formation ou de sensibilisation pour vos collaborateurs qui utilisent l'IA. Rien de faire n'est toujours non-conforme.

Le contrôle démarre le 2 août 2026. La supervision par les autorités nationales commence quelle que soit la formulation finale du texte. Les contrôleurs regarderont si vous avez fait quelque chose, pas si vous avez atteint un résultat parfait.

La preuve reste attendue. En cas de contrôle, la question posée sera : « Avez-vous sensibilisé vos équipes ? Pouvez-vous le montrer ? » Un email envoyé à toute l'équipe ne suffit pas. Une feuille d'émargement, une attestation nominative, un quiz de validation — voilà ce qui est présentable.

Les sanctions ne changent pas. L'article 4 peut entraîner des amendes allant jusqu'à 7,5 millions d'euros ou 1 % du chiffre d'affaires mondial — même si dans les faits, les contrôleurs commenceront par vérifier la bonne foi et la démarche, pas par sanctionner les TPE en premier.

Pourquoi cette nuance compte quand même

Soyons honnêtes : la nuance entre « garantir » et « soutenir » est utile pour les grandes entreprises, dont certains collaborateurs utilisent des outils IA très avancés dans des contextes à haut risque. Pour une TPE de 8 personnes qui utilise ChatGPT pour rédiger des emails et synthétiser des réunions, la différence pratique est faible.

Ce qui compte pour vous, c'est d'avoir une démarche documentée et traçable : qui a été sensibilisé, quand, sur quoi.

Une demi-journée de sensibilisation d'équipe, complétée par un document remis à chacun et une feuille d'émargement, répond à l'obligation dans les deux versions du texte. C'est aussi la preuve la plus simple à présenter si un client grand compte vous demande de justifier votre conformité — ce qui arrive de plus en plus souvent.

Ce qui change vraiment pour vous : le calendrier

La vraie information utile du Digital Omnibus pour une TPE, ce n'est pas l'assouplissement de l'article 4 — c'est l'extension du régime simplifié aux entreprises jusqu'à 750 salariés et 150 millions d'euros de chiffre d'affaires. Cela signifie :

  • Une guidance documentaire simplifiée pour les systèmes IA que vous pourriez développer ou déployer.
  • Des modèles de documentation standardisés fournis par les autorités.
  • Un accès facilité aux bacs à sable réglementaires pour tester des usages innovants.

Pour la grande majorité des TPE, ce régime simplifié s'applique déjà. Ce que le Digital Omnibus fait, c'est formaliser et élargir ce cadre — rassurant pour les PME qui grandissent.

Que faire avant le 2 août ?

Vous avez dix jours. Voici les actions les plus utiles dans cet ordre :

  1. Listez les outils IA utilisés dans votre équipe. Incluez ceux que vous n'avez pas formellement autorisés — ils sont probablement déjà là.
  2. Organisez une heure de sensibilisation collective. Même informelle : ce qu'est une IA, ce qu'elle peut rater, les règles de base (pas de données clients dans les prompts, vérification humaine des outputs).
  3. Faites émarger la liste des participants. Date, noms, contenu abordé. C'est la preuve minimale.
  4. Vérifiez que vous avez une charte IA ou une note de cadrage. Elle n'a pas besoin d'être un document de 40 pages — une page qui dit ce qui est autorisé et interdit chez vous suffit pour commencer.

Si vous voulez partir d'un diagnostic de votre situation actuelle — ce qui est déjà en place, ce qui manque — le diagnostic gratuit de Chartia vous donne un état des lieux en cinq minutes. Vous repartez avec une liste claire et les documents correspondants.

À jour du Digital Omnibus, juillet 2026. Le texte final du Digital Omnibus est en cours d'adoption formelle ; les éléments présentés ici reflètent l'accord politique de mai 2026 et les dispositions de l'AI Act en vigueur.

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Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique individualisé.

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